Histoire des services secrets (LIVRE)

Mon livre, intitulé Histoire des services secrets : le théâtre d’ombres du réel, a été auto-édité, en deux volumes, via le site de TheBookEdition, qui en fournit par ailleurs de larges extraits.

Pour le lire, commandez (en ligne) le tome I et le tome II en format papier ou numérique.

En voici les premières lignes :

« Tout individu détenant un quelconque pouvoir souhaitera d’abord le conserver, ensuite le consolider et enfin l’étendre. Il en va de même pour l’État, forme de gouvernement qui s’est imposée sur notre planète, et de ses innombrables serviteurs. C’est pourquoi la première préoccupation de ces derniers sera d’en assurer la sécurité, tant à l’extérieur, au moyen de l’armée, qu’à l’intérieur, par les forces de l’ordre.

Toutefois, une défense réellement efficace ne supporte pas la publicité. Ce qui en constitue le cœur doit demeurer à l’abri des regards indiscrets et, pour cette raison, l’État s’est doté, dès sa formation, de structures particulières cultivant le secret autour de leurs activités. Mais ces différentes organisations ne sont pas de simples rouages de la mécanique étatique que ses serviteurs actionneraient tels de vulgaires leviers.

Elles sont l’État lui-même. Sa fraction invisible.

L’État visible, vous le connaissez, c’est le visage public, légal et présentable de ceux qui semblent, seuls, faire tourner la machine. Ce sont les diplomates, les militaires, les policiers, les législateurs, les élus locaux et les juges, les dirigeants de la banque centrale, les ministres du budget et des finances, et la troupe zélée des percepteurs d’impôts.

L’État invisible, vous n’en savez que ce que l’on daigne bien vous en dire, c’est le visage secret, souvent illégal, parfois indicible, de ceux qui œuvrent au plus profond, au plus intime de l’infrastructure. Ce sont les clubs élitistes, les fraternités, les sociétés secrètes et les services de renseignement.

L’un et l’autre forment les deux moitiés d’une même pièce et sont indissociables. L’un agit à découvert, l’autre dans le secret quasi absolu. Il n’y a pas de complot, d’État dans l’État, ainsi que voudraient nous le faire croire les théoriciens du « deep state », ou « État profond [1] ». Il n’y a pas, d’un côté, une administration légitime, composée de gens honnêtes et rendant compte à qui de droit, et, de l’autre, de cruels faiseurs de rois mettant des bâtons dans les roues des dignes représentants du peuple qui souhaiteraient tenir leurs promesses mais en sont empêchés. Tout ce beau monde opère de concert. Comprendre cela, c’est déjà poser un pied dans le terrier du lapin. Saisir cela, c’est se donner les moyens d’en entamer l’exploration.

[1] Ce concept constitue une diversion en provenance de ce que ses inventeurs prétendent dénoncer, c’est-à-dire de l’État invisible.

À force de patience, l’État a construit une matrice, une trame, qui couvre l’ensemble de la société. Une partie de celle-ci est visible, clairement identifiée, l’autre est invisible, entourée de mystère et de faux-semblants. Et parce que l’État visible est partout, sa contrepartie invisible est elle aussi présente à tous les étages de cette même société, privée et publique, militaire et civile. Ce n’est pas sombrer dans la défiance, ou la paranoïa, que présenter les choses de cette façon. C’est juste faire preuve de bon sens et décrire la réalité telle qu’elle est.

Car si les services secrets ont pour raison d’être d’assurer la sécurité de l’État et la protection de ses intérêts, la première et la seconde doivent être mises en œuvre de tout temps et en tout lieu. D’où l’omniprésence de l’État invisible. Nous touchons ici à la nature intrinsèque de cette forme de gouvernement.

De la même manière qu’un commerce a une devanture et une arrière-boutique, l’État a une façade et des coulisses. Il n’en reste pas moins que c’est la même équipe qui gère l’ensemble, que tous se connaissent, de près ou de loin, qu’il n’y a qu’un seul propriétaire et que celui-ci poursuit un plan d’action unique.

Tel un être vivant, l’État est mu par un puissant instinct de survie. Il veut continuer d’exister et, pour cela, doit assurer sa sécurité et défendre ses intérêts bec et ongles, dans toutes les circonstances. Chacun de ses organes (institutions) participe à cette lutte et chacune de ses cellules (serviteurs de l’État, de ses structures) met toutes ses forces dans la bataille afin d’atteindre cet objectif commun. Tout cancer (contestation sourde), toute maladie aigue (révolte populaire ou tentative de coup d’État par une élite), tout virus venu de l’extérieur (invasion armée), doit être tué dans l’œuf. Le système immunitaire de l’État, ce sont ses services secrets, l’État invisible, et comme chez tout être vivant, vous savez qu’il existe, qu’il opère en silence quand vous vous remettez d’un mal, mais vous ne le voyez jamais.

À moins d’utiliser un microscope. Et c’est bien dans ce type d’instrument que je vous invite à regarder aujourd’hui. Vous y découvrirez un monde d’une incroyable richesse.

De quelle façon les services secrets œuvrent-ils ? C’est là tout l’objet du présent livre. Disons, pour faire simple, qu’ils fonctionnent selon le mode espionnage / contre-espionnage, à la fois en direction de l’intérieur et de l’extérieur. Dans cet ordre-là, que le régime soit prétendument démocratique ou non. La première victime de l’État invisible, ce sont ses citoyens, et ce du fond des âges. L’ennemi intérieur, fraction du peuple révoltée ou d’une élite mécontente, l’un et l’autre pouvant s’allier, a toujours été considéré comme la principale menace. Après seulement vient le péril extérieur. Les murs épais des plus belles forteresses ne sont d’aucune utilité quand les bonnes volontés manquent à l’appel pour en défendre les crêtes.

Aussi les services de renseignement doivent-ils employer des espions pour identifier les rebelles de l’intérieur et d’autres pour garder à l’œil les forces hostiles de l’extérieur. Quant aux agents du contre-espionnage, leur tâche est dictée par la logique. Il s’agira, pour les uns, de pénétrer les arcanes de l’État invisible adverse et, pour les autres, de repérer d’éventuels complices de ce dernier au sein du peuple ou des serviteurs mêmes de l’État, la fameuse « cinquième colonne ».

Ce système, à la fois bien plus complexe et beaucoup plus simple que vous pourriez l’imaginer, existe depuis la nuit des temps. Il est antérieur aux premières cités-États qui émergent, vers 3 700 av. J.-C., en Basse-Mésopotamie.

En effet, avant celles-ci, les communautés agricoles, les proto-cités, les colonies, armées, bandes, tribus, clans, etc., ne connaissaient pas l’État mais n’étaient pas moins dotées d’une administration civile ou militaire. Ainsi, ce que nous appelons l’État invisible a succédé à l’administration invisible et, avant cela encore, au pouvoir invisible. Je vous en conterai l’histoire, en temps voulu. Mais avant, nous devons délaisser les ornières, profitant d’une longue introduction, divisée en trois parties, qui vous permettra de défricher le terrain, étape indispensable pour mieux appréhender un sujet unique en son genre. Ne soyez donc pas décontenancés par mes choix et la forme pour laquelle j’ai opté afin de vous présenter mes découvertes.

À objet d’étude singulier, méthodologie singulière. Ne vous inquiétez pas si je ne développe pas tel ou tel domaine, si je me borne à affirmer quelque chose sans le démontrer. Ce sera fait plus loin dans cet ouvrage. C’est ainsi que vous pénétrerez dans le terrier du lapin. Pas à pas. »

Illustration : SIS / MI6 Building, vu depuis le Vauxhall Bridge (Londres)

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