Amsterdam (NOUVELLE – 5/12)

Le présent texte, intitulé Amsterdam, a été publié chez Mondes Futuristes Éditions, au sein d’un recueil de douze nouvelles, en date du 6 octobre 2018.

Pour le lire, commandez (en ligne) le recueil en format papier dès maintenant, ou depuis votre librairie de quartier.

En voici les premières lignes :

« En journée, avec ses maisons flottantes luxueuses, fleuries et colorées, cette fraction du port de Sausalito arborait un petit air hollandais. Quelque part entre un polder anversois et les rives d’un canal vénitien qui aurait troqué ses teintes habituelles pour les pastels pimpants des façades de l’île de Burano.

La nuit, bien sûr, il en allait autrement.

Toutefois, cette ville de sept mille résidents située au nord de San Francisco, dans Marin County, ne manquait jamais de charme quelle que soit la saison ou l’éclairage. Surtout, c’était le moment où Tommaso Battaglia profitait de l’obscurité pour arpenter Liberty Dock de long en large, et seul.

Âgé de quarante ans, il y occupait une house-boat [1] parmi les quatre cents que comptait la cité. L’homme confiait parfois à ses visiteurs que c’était là, à en croire l’ancien propriétaire, que le chanteur soul Otis Redding avait couché sur le papier (Sittin’ On) The Dock of the Bay, chef-d’œuvre coécrit avec le guitariste Steve Cropper et enregistré à l’automne 1967, la seconde fois trois jours seulement avant la mort de l’artiste.

[1] Bateau conçu ou modifié pour servir de logement. L’on en trouve un peu partout, de l’Inde à l’Australie, de l’Amazonie au Canada, en passant par les lacs étasuniens et péruviens, les Pays-Bas, Londres ou Paris.

Enfant, sur la côte Est, il adorait siffloter cette mélodie, ne saisissant pas à quel point elle était triste, témoignant de la souffrance et de la dépression de Redding.

Une génération plus tard, le peintre vivait de son art, se servait de son domicile comme d’un entrepôt et en avait converti les abords en salle d’exposition à ciel ouvert. Vu de l’extérieur, il n’était pas à plaindre. Les touristes affluaient, les riverains le respectaient et plusieurs d’entre eux étaient même devenus des amis. Quant aux journalistes, ils ne l’importunaient guère. Sauf peut-être ce natif de Hell’s Kitchen qui souhaitait écrire un ouvrage sur sa drôle de mésaventure. Enfin, les critiques ne se bousculaient pas, craintifs, et préféraient l’ignorer.

Battaglia alluma une cigarette et attendit. »

Illustration : Sausalito houseboat with funky exterior.

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