L’École de minuit (NOUVELLE – 12/12)

Le présent texte, intitulé L’École de minuit, a été publié chez Mondes Futuristes Éditions, au sein d’un recueil de douze nouvelles, en date du 6 octobre 2018.

Pour le lire, commandez (en ligne) le recueil en format papier dès maintenant, ou depuis votre librairie de quartier.

En voici les premières lignes :

« Duché de Bretagne, 1489

La guerre avait repris au début de janvier, quand Charles VIII de France, alors dans sa dix-neuvième année, lança une armée de douze mille hommes à l’assaut des cités et des places fortes bretonnes. Ses troupes, sans réelle difficulté, s’emparèrent des unes et des autres avant d’être arrêtées sur la Vilaine par le maréchal de Rieux, lequel décida ensuite d’assiéger la rade de Brest, toujours aux mains des envahisseurs.

Katell Billiers détestait ces derniers.

Originaire de Malestroit, où elle avait vu le jour sous les remparts, à deux pas de la porte saint Michel, la jeune femme se hâtait. Il faisait sombre et ses pieds enflés frottaient contre le bois de ses sabots, lui arrachant de longs soupirs. Alentour, la campagne s’était tue et seul le hululement lointain de quelque rapace solitaire en troublait la quiétude. Dans le ciel ennuagé, une lune gibbeuse l’enveloppait de sa lumière diaphane.

La mie nuit approchait. Elle était en retard.

Si, par extraordinaire, un habitant du bourg l’avait croisée, sur ce chemin, avec sa démarche claudicante, ses hanches larges et sa chevelure noir de jais, nul doute qu’il aurait pris ses jambes frêles à son cou et narré sa rencontre avec le Diable cinq lieues à la ronde, une semaine durant, en se donnant le beau rôle.

La sorcière. C’est ainsi qu’on l’appelait par ici.

Bien sûr, elle n’avait pas d’époux et cela faisait jaser. Et lorsque, adolescente, on la croisait se promenant sur les bords de l’Oust, ce n’était pas dans le but d’y attirer l’attention d’un beau pêcheur ou d’un amateur de loutre. Non, en vérité, rien ne lui faisait plus plaisir que flâner en toute liberté.

Mais le père Favenneg s’en était inquiété.

Connu pour son intransigeance en matière de mœurs et de morale chrétienne, la chasse qu’il donnait tant aux jeunes filles délurées qu’aux célibataires récalcitrantes, et ses amitiés avec l’évêché, cet homme était une personnalité aussi incontournable que redoutée. Un être respecté, craint et influent. »

Illustration : Forest at night.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s