Hôtel Silencio (LECTURE)

Disons-le d’entrée, Hôtel Silencio est un excellent roman. Et je vais tenter de vous expliquer en quoi et pour quelle raison.

J’ai eu l’opportunité et le privilège de découvrir cette œuvre au moment où Hôtel Silencio était encore un diamant à l’état brut. Mais je n’ai eu alors à essuyer aucun plâtre, selon l’expression consacrée, tant la pierre avait déjà fière allure. Je ne pouvais qu’imaginer ce que cela donnerait une fois augmenté d’illustrations (félicitations à Bruno Toffano, en passant), les renvois de fin de chapitre ajoutés, le texte fignolé, ici et là, au gré de l’inventivité de l’auteur.

Alors, quand j’ai eu entre les mains, comme vous, le diamant enfin taillé, je savais que je ne serai pas déçu.

Et quelle leçon d’écriture, d’imagination et de profondeur littéraire (entre autres) ce fut pour moi ! Car le roman Hôtel Silencio, outre sa forme audacieuse façon « livre dont vous êtes le héros », possède, de par la « patte » de Benoît Patris, un je-ne-sais-quoi de spécial, de singulier, en un mot, d’unique.

 

À quoi cela tient-il ? Eh bien, peut-être tout d’abord aux qualités d’écriture de son auteur. Le texte est très bien écrit, musical, car mélodieux, et chaque mot est sélectionné avec soin, ciselé, intégré à un décor qu’il enrichit immédiatement. Les descriptions sont minutieuses, hautes en couleurs, permettant de s’immerger en profondeur dans cet hôtel qui, à lui seul, constitue déjà un personnage à part entière. Dès lors, le lecteur devient véritablement l’un des clients de l’Hôtel Silencio ; un peu comme vous devenez l’un des occupants de la demeure ancestrale de Manderley en regardant le Rebecca de Hitchcock… et il y a indiscutablement du Hitchcock chez Benoît Patris, et tant d’autres choses.

L’aspect immersif est en outre facilité par le choix des mots, crucial, là encore, faisant souvent appel aux cinq sens du lecteur. À l’issue de votre visite de l’Hôtel Silencio, vous vous surprendrez à jurer pouvoir reconnaître entre mille, instinctivement, le bruit que produirait le sabot d’un satyre lorsqu’il martèle des carreaux en faïence. Et je ne plaisante pas.

 

Ensuite, il y a les références multiples (mais jamais gratuites) de l’auteur à ses propres lectures, aux longs-métrages qui l’ont marqués, aux œuvres de la culture humaine qu’il a pu admirer. Et là aussi, tant d’autres choses qu’il est impossible de résumer en quelques phrases. Il en ressort des intrigues originales, cohérentes, qui s’emboîtent les unes dans les autres, s’appellent, se répondent, s’entremêlent, et ce sans jamais dérouter le lecteur ou lui donner le tournis. Chaque mot, chaque réflexion, chaque parenthèse ouverte, est à sa place. L’on arpente les couloirs de l’Hôtel Silencio tel qu’on chemine dans les méandres d’un subconscient humain, à la manière des protagonistes de Inception, de Christopher Nolan ; sans conteste, certains auteurs « ont du cinéma » et Benoît Patris est de ceux-là.

Du coup, il est naturel, presque attendu, de trouver ici un « hyper-roman » décrivant un hôtel dont les fondations puisent dans l’infra-monde et dont la toiture tutoie les Cieux (presque) inaccessibles. D’où les anagrammes, figures de style, jeux de mots calibrés, idiomes empruntés à tel parler régional, énigmes cryptographiques distillées savamment, etc., qui font de Hôtel Silencio un roman que vous aurez plaisir à relire. Ouvrage à portes, à clefs, à mystères, parsemé des connaissances encyclopédiques de Benoît Patris qui, témoin de son temps, nous fait parfois part de ses réflexions constructives concernant notre folle époque, sans être pour autant pédant, censeur ou donneur de leçon.

 

Enfin, chaque texte, chaque chambre, chaque lieu, chaque intrigue, chaque personnage, encore, recèle des trésors en termes de profondeur littéraire, culturelle, philosophique, même, émotionnelle, aussi. Vous ne sortirez pas indemne de certains textes, tel que Dana et Emmy ou encore Le Dormeur doit se réveiller, peu importe si l’histoire qui vous est contée se termine bien ou mal, dans la joie ou la détresse.

C’est là un roman plutôt sombre, mais non dénué de lumière, d’espoir concret et d’amour pour ce qui fait qu’un homme demeure un homme, dans l’adversité ou l’accomplissement, dans la maladie ou la bénédiction. Tout n’y est ni vraiment blanc ni totalement noir. Hôtel Silencio et Benoît Patris jouent ainsi des nuances, des gris, des zones d’ombre, des contradictions, bien sûr, de l’âme humaine. Et nul doute que nous avons affaire ici à un fin connaisseur de cette dernière et de ses semblables.

Voilà ce qui fait, au milieu d’une légion d’autres apports, l’intérêt de ce beau roman.

Pour le reste, vous devrez le découvrir par vous-même, mais cela vaut largement le détour.

 

L’on dit parfois, à raison, que les auteurs écrivent les œuvres qu’ils aimeraient lire.

Sans aucun doute, Benoît Patris aura écrit ici une œuvre qu’il aimerait lire ou avoir lu. Pour ma part, j’ai le sentiment, avec Hôtel Silencio, d’avoir lu une œuvre que j’aurais été très fier d’avoir écrite. Des fondations de l’hôtel jusqu’à son paratonnerre.

C’est pourquoi je ne peux que vous recommander cette lecture qui, à l’instar des grands ouvrages, vous marquera durablement.

 

Où trouver Hôtel Silencio, de Benoît Patris ?

En vous rendant sur le site des Éditions de L’Abat-Jour, où figurent un extrait du livre, des vidéos créées par l’auteur, et des informations utiles sur ce dernier.

N’hésitez pas à visiter aussi le site de Benoît Patris, dédié à son roman.

Illustration : Couverture du roman Hôtel Silencio, de Benoît Patris (2020)

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